Dans un paysage éducatif mondialisé où les frais de scolarité pour un MBA ou un Master dans une « Target School » (comme HEC Paris, LBS, Harvard ou Bocconi) peuvent atteindre des sommes astronomiques, la question du Retour sur Investissement (ROI) devient centrale. Est-il économiquement rationnel de s’endetter de 50 000 ou 100 000 euros pour un diplôme ? Pour répondre à cette question au-delà des simples brochures marketing, il faut se tourner vers l’économie du travail et plus spécifiquement vers la Théorie du Signal (Signaling Theory), récompensée par le prix Nobel d’économie attribué à Michael Spence en 2001.
Selon Spence, sur un marché du travail caractérisé par une asymétrie d’information, l’employeur ne peut pas connaître a priori la productivité réelle d’un candidat. Le diplôme d’une grande école prestigieuse ne sert pas uniquement à acquérir du capital humain (compétences techniques), mais fonctionne avant tout comme un « signal » coûteux et difficile à imiter. Le fait d’avoir survécu au processus de sélection drastique (GMAT, GPA, essais) et à la rigueur académique de ces institutions signale aux employeurs des qualités intrinsèques telles que l’intelligence, la persévérance et la conformité sociale, indépendamment de ce qui a été réellement appris en cours. C’est ce signal qui justifie le « Wage Premium » (surplus salarial) massif dès l’embauche. Si vous visez des secteurs élitistes comme la Banque d’Investissement ou le Conseil en Stratégie (MBB), le diplôme n’est pas une option, c’est une barrière à l’entrée infranchissable qui agit comme un filtre de pré-sélection pour les recruteurs.
Cependant, le calcul du ROI ne doit pas se limiter au salaire de sortie. Il doit intégrer la valeur actualisée nette (VAN) des « Externalités de Réseau ». La véritable valeur ajoutée d’une école de rang mondial réside dans son capital social : l’accès à un réseau d’anciens élèves (Alumni) qui réduit les coûts de transaction pour accéder à des opportunités futures. En économie, on parle d’homogamie sociale et professionnelle. Investir dans une telle éducation, c’est acheter une option d’achat sur des opportunités de carrière qui n’existent pas sur le marché ouvert. Par conséquent, si l’on analyse les données sur 20 ans, le différentiel de revenus couvre largement l’investissement initial, mais attention : cette logique ne s’applique qu’aux écoles du Top Tier. Pour les écoles de second rang, l’effet de signal est faible et le risque de surendettement par rapport au gain salarial marginal est réel et statistiquement significatif.

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